Cet article a été publié en 1999 dans la revue "Perspectives Sanitaires et Sociales" de la FEHAP.
Nous sommes en 2011; on peut juger des conséquences de la réforme de la tarification. Le débat est ouvert !
Ma chère Géronte, Chère amie,
Quand je vous ai connue, en 1975, vous étiez "consensuelle" et de nombreux courtisans devinaient tout l'intérêt de vous approcher d'un peu plus près pour mieux vous connaître.
Dans ce dernier quart de siècle, beaucoup, comme votre serviteur, se sont engagés dans cette belle idée de faire en sorte que votre vieillesse soit traitée avec respect. Ils se sont battus avec les moyens du bord pour réussir à vous faire vivre du mieux possible dans les maisons de retraite.
Durant cette période, vous devez vous en rappeler, on parlait encore des hospices. Quitte à vous faire payer assez cher la prise en charge de votre dépendance, les établissements privés - à but non lucratif - vous entouraient avec humanité pour vous éviter une "hospitalisation définitive". C'était la grande époque où les Départements admettaient la double tarification - "valide et non valide".
Les rapports d'argent, certes, empoisonnaient la sincérité de nos relations, mais nous allions tous de concert et nous nous faisions une confiance absolue.
Un jour, une sorte de Père Noël "Section de Cure Médicale" est arrivé ; c'était en 1977. Les premiers qui y ont cru - pour vous - ont eu les plus beaux cadeaux. Les autres, ce qui pouvait en rester.
Quand le dossier était bien monté et justifié, ils recevaient une dotation annuelle forfaitaire, presque à la dimension de leurs espérances ou de quoi faire quelque chose en nombre de lits. Pour ceux-là, tous les ans, c'était pareil !. Grâce à leur initiative, les hôpitaux étaient moins "encombrés" et les Conseils Généraux se trouvaient "soulagés".
En 1984, les fameuses assises nationales du "Secrétariat d'État chargé des retraités et personnes âgées" nous donnèrent encore l'espoir d'améliorer votre situation. C'était l'époque bénie durant laquelle les professionnels et les bénévoles n'en finissaient pas de discourir avec amour sur votre vie, à partir de votre oeil, votre pied, votre coeur et bien sûr de vos relations avec votre famille et autrui.
Maintenant, ils sont devenus perplexes. Ascètes, qu'ils étaient de leur discipline, ils doivent à présent, pour vous mettre en "valeurs", vous "disséquer" et "numériser" à l'informa -"tics", en comptant jusqu'à six.
Une quinzaine d'années plus tard (1999) "Géronte, ma tendre amie", vous êtes devenue moins bien aimée des pouvoirs publics car trop encombrante. Maintenant, il faut vous rendre à l'évidence, vous dérangez plus fort les grands équilibres macro-économiques de certains choix de société. Vous, à qui nous devons presque tout, sachez que vous pourriez croquer trop longtemps dans le fruit de l'assurance maladie.
Alors ! Avant qu'il ne soit trop tard, avant qu'on ne vous "dégroupe" définitivement pour finir dans des "Unités Terminales Spécialisées", venez dire avec nous, ma chère Géronte, qu'il est temps de "ré-agir". Oui, sous d'autres "auspices", il nous faut agir autrement pour donner aux générations qui vous suivent un meilleur avenir en établissement !
Michel SIDER.
Ancien directeur de maison de retraite.
19 janvier 1999.
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